Perdre mon emploi m’a fait toucher le fond.
Mais c’est au fond que j’ai trouvé ce que je voulais vraiment faire de ma vie.
Douze ans. C’est le temps qu’il faut pour bâtir une cathédrale intérieure faite de certitudes, de titres ronflants et de routines sécurisantes. Douze ans que j’étais « Thomas, l’ingénieur ». Douze ans que mon badge ouvrait toutes les portes d’une tour de verre à la Part-Dieu. Et puis, un mardi matin, à 9h04, le badge n’a plus fonctionné. La lumière rouge a clignoté comme un signal de détresse sur le rivage d’une île déserte.
La restructuration. Un mot froid, clinique, qui tombe comme un couperet sur une nuque qu’on pensait protégée par des années de bons et loyaux services. On m’a rendu mes effets personnels dans un carton, sous l’œil gêné d’un agent de sécurité qui, hier encore, me saluait avec respect. En descendant l’ascenseur, j’ai eu l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds, littéralement. Ce n’était pas seulement un salaire qui s’envolait, c’était mon identité tout entière.
La descente dans les limbes lyonnaises
Les premières semaines sont une étrange parodie de vacances. On se dit qu’on va en profiter, que le chômage est une parenthèse enchantée. Mais très vite, le silence devient assourdissant. À Lyon, quand la brume se lève sur la Saône, elle s’est aussi levée dans mon salon. Je passais mes journées à fixer le plafond, incapable de justifier mon existence par une ligne de code ou un compte-rendu de réunion.
Pendant huit mois, la dépression a été mon unique compagne. Une ombre épaisse qui s’asseyait à ma table chaque matin. Je ne sortais plus. J’avais honte. Honte de croiser mes anciens collègues, honte de dire à mes parents que leur fils, la fierté de la famille, était devenu un numéro de dossier à Pôle Emploi. L’ingénieur était mort, et il n’y avait personne pour l’enterrer. J’ai touché le fond un soir de novembre, en réalisant que je n’avais pas parlé à un être humain depuis quatre jours. J’étais au bout du rouleau, dans une ville qui continuait de briller sans moi.
Le déclic : Les 7 décisions qui ont sauvé ma vie
C’est souvent au moment où l’on accepte que tout est perdu que l’on commence à gagner. Ce soir-là, j’ai cessé de lutter contre le courant et j’ai décidé de nager vers une autre rive. J’ai pris sept décisions radicales qui ont transformé mon agonie en une renaissance inattendue.
1. Faire le deuil de l’ancien Thomas : J’ai brûlé symboliquement mes vieilles fiches de poste. J’ai accepté que cet homme-là n’existait plus et qu’il ne reviendrait pas.
2. Le mouvement avant la pensée : J’ai recommencé à courir le long des Berges du Rhône. Chaque foulée était une micro-victoire sur l’inertie.
3. Se couper de la validation externe : J’ai désinstallé LinkedIn pendant trois mois. J’arrêtais de me comparer aux réussites (souvent factices) des autres pour me concentrer sur mon propre chantier.
4. La thérapie de la main : J’ai commencé à bricoler, à créer des objets de mes mains. Moi qui ne vivais que dans le virtuel, j’avais besoin de toucher la matière.
5. Revoir ses essentiels : J’ai drastiquement réduit mon train de vie. J’ai découvert que la liberté coûtait moins cher que le paraître.
6. L’écoute du rêve d’enfant : Je me suis rappelé ce que je voulais faire à 10 ans, avant que les « études sérieuses » n’étouffent ma créativité.
7. Accepter l’aide : J’ai enfin ouvert la porte à un thérapeute et à un mentor. On ne reconstruit pas une cathédrale seul.
De l’ombre à la lumière de l’entrepreneuriat
Aujourd’hui, je ne suis plus ingénieur dans une multinationale. Je suis entrepreneur. J’ai monté ma propre structure de design mobilier durable ici, à Lyon. Mes revenus sont plus incertains, certes, mais mon sommeil est profond et mon sourire est vrai. Je ne travaille plus pour le rêve d’un actionnaire anonyme, je travaille pour la beauté d’un geste que j’ai choisi.
Ce que j’ai appris ? C’est que la sécurité est une illusion. La seule véritable force, c’est la capacité de se réinventer quand le décor s’effondre. Je me sens plus solide aujourd’hui avec mes doutes qu’hier avec mes certitudes. J’ai tourné la page, et le nouveau chapitre est bien plus passionnant que tout ce que j’aurais pu imaginer derrière mon bureau de la Part-Dieu.
Son message à ceux qui sont dans la tempête
Si tu viens de perdre ton job, si tu as l’impression d’être un déchet du système, écoute-moi : ton emploi n’est pas ta valeur. Ta fonction n’est pas ton âme. Ce vide que tu ressens, c’est l’espace nécessaire pour construire quelque chose de plus grand. Ne cherche pas à retrouver ta vie d’avant. Elle est partie pour une raison. Cherche celle qui t’attend, celle qui te fera vibrer. Le fond est un excellent socle pour rebâtir.
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